L’iconoclaste chroniqueur et écrivain Papa Makhtar DIALLO dit ses vérités crues à la table de Confidentiel Afrique

📌Sénégal: L’iconoclaste chroniqueur et écrivain Papa Makhtar DIALLO dit ses vérités crues à la table de Confidentiel Afrique.
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Sous les étuves de la chaudière politique et de la contestation populaire, Papa Makhtar DIALLO s’érige en véritable vigie d’un système socialisant et équilibriste. L’enfant de Bayal s’est révélé au gré des épreuves et des vicissitudes du temps, un battle dress non encagoulé qui porte la voix des couches sociales vulnérables d’une société piétinée et opprimée. Chroniqueur et écrivain au ton et à la plume qui crache, Papa Makhtar DIALLO est passé à la table de Confidentiel Afrique. Interview-vérité
Par Hippolyte Gourmantier 4 mars 2021Mis à jour 5 mars, 2021 À 16H24
Confidentiel Afrique: Depuis 2011, vous dirigez le Mouvement des Indignés du Sénégal. Quelle est l’origine de ce nom, et quel est le but de ce mouvement ?
Papa Makhtar DIALLO : Le nom les indignés nous vient d’Espagne. En effet, c’est le 15 mai 2011 qu’est né un mouvement de manifestations pacifique qui, dès son lancement, a réussi à rassembler des centaines de milliers de gens dans plusieurs villes, se prolongeant par divers modes d’action (campements, marches). La particularité de ce mouvement réside dans le fait que les manifestations étaient organisées sur les réseaux sociaux. Ce mouvement, inédit par son ampleur et ses revendications, nous a inspirés et nous avions voulu faire la même chose, c’est-à-dire, organiser des manifestations pour exiger des conditions de vie meilleures, rassembler les gens par millier autour de ce combat, et de manière pacifique, et faire des réseaux sociaux notre canal de diffusion.
Confidentiel Afrique: Au delà de votre casquette de citoyen indigné, vous êtes aussi le Président fondateur du mouvement politique Sénégal REC. Depuis sa création, quels actes avez-vous posés ?
Papa Makhtar DIALLO : En réalité, Sénégal REC est le prolongement du mouvement citoyen Les Indignés. Nous avons dit que rester dans la rue à s’indigner c’était bien, mais il fallait s’engager aussi dans la vie politique pour apporter les changements que nous espérons depuis. Concrètement nous y sommes toujours, nous travaillons dans la massification et sommes résolument tournés vers les prochaines échéances. Nous voulons, après la contestation, aller vers la proposition et Sénégal REC est un mouvement de proposition.
C A: La pandémie de la Covid-19 a chamboulé le calendrier électoral au Sénégal. Et au vu de la situation économique actuelle, jugez-vous normal d’organiser des élections locales comme le pensent certains?
PMD : La pandémie a été un prétexte pour proroger le mandat des élus, et je trouve que c’est une violation de la loi. Donc, on peut disserter sur la pandémie et les conséquences mais en réalité, même sans la pandémie, le pouvoir actuel ne voulait pas d’élections. De source sûre, le Président Macky Sall a confié aux membres de Benno bokk yakaar son intention de ne pas organiser des élections avant 2024, donc, vous voyez bien que même sans Covid, il était dans une logique, et ce, en violation flagrante de la loi car, comme disait le Conseil constitutionnel, statuant sur la réduction du mandat du président en cours, que : «Considérant en effet, ni la sécurité juridique, ni la stabilité de nos institutions ne seraient garanties si, à l’occasion de changements de majorité, à la faveur du jeu politique ou au gré des circonstances, notamment, la durée des mandats politiques en cours, régulièrement fixée au moment où ceux qui ont été conférés, pouvait, quel que soit, au demeurant l’objectif recherché, être réduite ou prolongée. En d’autre termes, on ne peut «en aucun cas prolonger un mandat ou le réduire et peu importe le prétexte, sous risque de créer un désordre et précipité le pays dans une insécurité et un chaos». Donc, je ne peux cautionner cette violation du calendrier républicain.
Quel est votre point de vue sur l’affaire de mœurs qui oppose l’opposant Ousmane Sonko à la dame Adji Sarr. Et quelle note donneriez-vous au travail abattu par les médias locaux ?
PMD : Je trouve désolant quand même cette histoire. Je ne sais pas où est la vérité, car, il y a de la manipulation de part et d’autre, chacun cherche à gagner la bataille de l’opinion, et malheureusement, les médias sont utilisés comme des moyens pour arriver à leur finalité.
Les plateaux de télé sont transformés en prétoire et les rédactions en cabinet d’instruction où l’on disculpe ou inculpe selon leur bon vouloir, et je ne crois pas que ça soit le rôle de la presse. Sur l’affaire de viol, bien que je respecte la présumée victime, mais, il y a quand même des choses qui insultent notre intelligence, et pour moi, il est invraisemblable de trouver une fille violée à deux reprises en 24h à des heures différentes. Il y a vraiment des questions que les gens se posent dans cette histoire de viol présumé.
Vous portez plusieurs casquettes : celle d’activiste, de chroniqueur, d’écrivain… Comment gérez-vous toutes ces tâches ?
PMD : Ce n’est pas évident, mais, on fait avec. Je crois avoir suffisamment de discernement pour faire la part des choses : l’activiste qui se bat et qui prend position est différent du chroniqueur qui doit rester impartial, et parfois, la différence n’est pas énorme et les positions se rejoignent. Le problème peut-être se situe au niveau de la perception que les gens ont de nous, car le plus souvent, il ménage les ordres et font dans les raccourcis. Récemment, une députée m’a reproché d’être parti voir Sonko et elle voyait en cela un signe de partialité ; et on rencontre souvent ce genre de commentaire, mais il faut faire la part des choses et savoir différencier les choses. Moi, à mon niveau, je continue à sensibiliser et inviter les gens à se réconcilier avec la complexité.
En lisant vos ouvrages, on remarque une certaine hargne, une sorte de dénonciation des maux de la société sénégalaise. Qu’est ce qui a titillé en vous cette envie d’écrire et de partager vos idées avec les Sénégalais ?
PMD : Oui, c’est vrai que mes écrits sont parfois couchés avec un langage cru, car je n’aime pas faire dans la langue de bois et je préfère dire les choses telles que je les conçois, sans filtre et sans auto-censure. J’ai toujours considéré l’écriture comme une forme d’expression, et par conséquent, je crois qu’on n’a pas besoin d’un diplôme quelconque pour partager son point de vue sur les questions qui nous intéressent tous. J’ai fait le choix des livres pour la pérennité, mais aussi et surtout, donner mon point de vue, le point de vue d’un indigné, un citoyen qui ne veut pas qu’on parle à sa place.
Parlez-nous de vos relations avec Bougane Guèye Dany, PDG du groupe médiatique DMédia, au-delà d’être votre employeur ?
PMD: Bougane est un grand frère pour qui j’ai beaucoup de respect ; on a une relation saine et très complémentaire ; je le consulte sur plusieurs choses et lui aussi. Je crois être la première personne à qui il a parlé de son ambition de participer à une élection présidentielle, et sur plusieurs choses concernant la politique il me consulte. Il a aussi accepté de faire la préface de mon dernier livre, donc ça témoigne des relations que nous avons et que, je l’espère, vont durer et même devenir davantage plus larges et générales.
Y’a-t-il dans les starting-blocks des livres en vue à court et moyen termes ?
Non ! J’ai déjà cinq livres, donc je laisse aux Sénégalais la possibilité de me lire et de mieux cerner mes propos ; peut-être dans les années à venir je ferai un autre livre, mais pour l’instant, je suis dans la promotion des livres déjà sortis.
Comment évaluez-vous les contenus des débats sur certains plateaux de télévisions ?
Pathétique ! Les dérives sont devenues une habitude. Les gens disent et font du n’importe quoi pour du buzz, parfois même, je me demande: est-ce que les gens savent même que la télévision fait partie des instances de socialisation de l’individu ? La Tv est un outil puissant qui devait servir à éduquer et malheureusement, aujourd’hui elle est utilisée pour toute sorte de finalités. Elle est ludique, elle est perverse, elle est lucrative, mais, elle est de moins en moins pédagogique.
👉Vous êtes un visage familier des émissions à forte audience telles que Ndoumbélane et Grandes Gueules… Avez-vous un sentiment de satisfaction d’être parmi ses chroniqueurs ?
🗣Oui c’est une chance. Je ne suis en rien plus méritant que les milliers de Sénégalais qui nous suivent ; donc, quand on a la chance d’être choisi pour parler à la Tv ou à la radio, c’est une responsabilité et une chance, et ça ne doit pas être pour nous un moyen de nous enorgueillir ou de penser que, parce que, nous sommes dans un média qu’on est plus intelligent que les autres. Moi, en tout cas, j’évite autant que possible d’être prétentieux. Je suis un privilégié, et je mesure la lourdeur de la charge sur mes épaules ; j’essaie de rester simple et j’espère que Dieu me gardera d’être un jour prétentieux. Je l’espère vraiment !
WHO’S PMD ?
📌De Bayal à la lumière des voix qui comptent
Né à « Bayal », un quartier de la ville de Saint Louis, un 06 Mars fils d’un tailleur et d’une couturière, Papa Makhtar DIALLO est le dernier né de sa fratrie.
Il a fait ses humanités à l’école primaire Khayar MBENGUE. Puis, il poursuit ses études secondaires au collège puis au célèbre lycée Blaise Diagne de Dakar. Apres le bac, il s’inscrit à la faculté de droit à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Papa makhtar est aussi auteur de cinq livres Je m’indigne. Il est en double édition, Ndoumbelane la jungle sénégalaise, Sen njaxas et les chroniques d’un éternel indigné.
Chroniqueur depuis bientôt 4ans au niveau de la SENTV et ZIKFM, PMD est également à la tête de deux mouvements: le mouvement politique Sénégal REC, le mouvement citoyen Les indignés du Sénégal.
Propos recueillis par Maguette MBENGUE et Hippolyte GOURMANTIER (Confidentiel Afrique)
Merci pour la lecture