Crise économique au Sénégal : Cheikh Oumar Diagne, ancien Directeur des Moyens Généraux de l’État, dénonce les erreurs du gouvernement

Crise économique au Sénégal : Cheikh Oumar Diagne, ancien Directeur des Moyens Généraux de l’État, dénonce les erreurs du gouvernement
Par kalamoulah
Alors que le gouvernement sénégalais annonce une série de mesures d’austérité pour faire face à une crise budgétaire grandissante, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer des choix qui rappellent les erreurs du passé. Parmi elles, celle de Cheikh Oumar Diagne, ancien Directeur des Moyens Généraux de l’État, qui met en garde contre une approche qui risque d’aggraver la situation économique et sociale du pays.
« En écoutant Al Amine Lo, j’ai revu défiler les erreurs des années 80, lorsque le FMI et la Banque Centrale ont imposé des solutions qui ont affaibli notre économie au lieu de la redresser », affirme-t-il. Pour lui, la situation actuelle du Sénégal ne justifie pas un plan d’austérité, mais plutôt une refonte profonde des outils économiques afin de redonner à l’État sa capacité d’action.
Un État à bout de souffle ?
Le gouvernement justifie ses mesures par un contexte budgétaire tendu : une dette publique qui atteint des niveaux inquiétants, un déficit qui se creuse et des engagements internationaux qui limitent les marges de manœuvre. Dans ce cadre, l’exécutif prévoit des coupes budgétaires, une réduction des subventions et une maîtrise accrue des dépenses publiques.
Mais pour Cheikh Oumar Diagne, cette approche est une impasse. « Nous avons pris la mauvaise route. Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de restrictions budgétaires brutales, mais de nouveaux instruments pour redynamiser l’économie, accroître la marge de manœuvre de l’État et libérer par la monnaie l’économie ignorée au sein des communautés », explique-t-il.
Selon lui, la crise actuelle résulte d’une absence de cohérence entre les politiques bancaire, fiscale, monétaire et budgétaire. Plutôt que d’imposer une austérité aveugle, il plaide pour une réforme structurelle qui permette à l’État de mieux orienter ses ressources et d’encourager une croissance inclusive.
Rationaliser sans briser le pouvoir d’achat
Le gouvernement met en avant la nécessité de réduire le train de vie de l’État, un point sur lequel Cheikh Oumar Diagne se dit en partie d’accord. « Il y a trop d’agences inutiles, des budgets de fonctionnement qui dilapident nos deniers et des milliards volés qu’il faut recouvrer rapidement », dénonce-t-il.
Toutefois, il met en garde contre les conséquences sociales d’une austérité mal pensée. « Un salaire est sacré. Il faut respecter le pouvoir d’achat des travailleurs », insiste-t-il. Pour lui, la priorité ne devrait pas être la réduction de la masse salariale ou des services publics, mais une lutte efficace contre la corruption et la gabegie financière.
Une voix critique muselée
Ancien haut fonctionnaire, Cheikh Oumar Diagne a occupé le poste stratégique de Directeur des Moyens Généraux de l’État, une fonction qui lui a permis d’observer de près la gestion des finances publiques. Son franc-parler et ses critiques envers les choix économiques du pouvoir lui ont coûté son poste.
Démis de ses fonctions en raison de sa liberté de ton, il demeure pourtant l’une des voix les plus critiques des orientations actuelles du gouvernement. « Il est urgent de mettre en cohérence nos politiques économiques pour éviter de plonger le pays dans une crise encore plus profonde », avertit-il.
Alors que l’exécutif s’apprête à appliquer ses mesures, le débat reste ouvert : faut-il serrer la ceinture à tout prix ou repenser en profondeur la gestion des finances publiques ? Une question qui, au-delà des cercles politiques et économiques, touche directement la vie quotidienne des Sénégalais.
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