Audit des Finances Publiques : Sonko Avait-il Raison sur la Gestion de Macky Sall ?

Audit des Finances Publiques : Sonko Avait-il Raison sur la Gestion de Macky Sall ?
Le rapport définitif de la Cour des Comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal entre 2019 et mars 2024 met en lumière de nombreuses irrégularités budgétaires, confirmant en partie les accusations portées par l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko contre l’administration de Macky Sall.
1. Sonko accusait Macky Sall d’avoir falsifié les chiffres
Durant la campagne présidentielle et même après l’élection, Ousmane Sonko n’a cessé de dénoncer la gestion financière opaque du régime de Macky Sall, affirmant que les chiffres officiels du déficit, de la dette et des recettes fiscales étaient manipulés. Il avait notamment déclaré que les comptes publics ne reflétaient pas la réalité économique du pays et que le gouvernement sortant avait masqué l’ampleur du désastre financier.
Le rapport de la Cour des Comptes vient appuyer ces accusations en révélant des pratiques douteuses visant à minorer artificiellement le déficit budgétaire et à gonfler les recettes grâce à des méthodes comptables contestables.
2. Des déficits sous-estimés et des recettes artificiellement augmentées
L’un des points clés du rapport concerne les rattachements irréguliers de recettes. Le gouvernement de Macky Sall a comptabilisé des recettes de l’année suivante (N+1) sur l’année précédente (N), ce qui a réduit artificiellement le déficit affiché.
Par exemple :
• En 2023, le gouvernement annonçait un déficit de 4,9 % du PIB, alors que le vrai chiffre serait 5,17 % selon l’audit.
• Ces manipulations comptables ont permis à l’ancien régime de présenter une situation financière plus favorable qu’elle ne l’était réellement.
3. Une dette publique largement sous-estimée
L’autre accusation majeure de Sonko concernait la dette publique, qu’il estimait bien plus élevée que les chiffres officiels. Le rapport de la Cour des Comptes révèle effectivement des écarts considérables dans le suivi des emprunts, avec des montants atteignant 696 milliards de FCFA non comptabilisés dans le tableau officiel des finances publiques.
De plus, l’audit a mis en lumière des pratiques risquées dans la gestion des emprunts, avec :
• Des prêts contractés sans traçabilité claire, notamment avec des bailleurs internationaux.
• Des dettes bancaires contractées hors circuit budgétaire, sans passer par les procédures normales de transparence.
4. Des fonds publics utilisés de manière opaque
Autre révélation troublante : l’utilisation non contrôlée de certains comptes de dépôt, comme le CAP/Gouvernement et le Programme de Défense des Intérêts Économiques et Sécuritaires du Sénégal (PDIES), qui ont servi à décaisser plus de 1 600 milliards de FCFA sans contrôle strict.
Le rapport montre également que 305 milliards de FCFA ont été utilisés en 2023 pour rembourser une dette bancaire sans explication claire. Cette gestion hasardeuse de la trésorerie publique confirme les soupçons d’Ousmane Sonko sur une gouvernance financière opaque et non conforme aux standards de transparence.
5. Sonko avait-il raison ?
Les conclusions de l’audit semblent donner raison à Sonko sur plusieurs points :
• Le régime de Macky Sall a effectivement minimisé le déficit public.
• Les chiffres de la dette étaient partiels et sous-estimés.
• Des manipulations comptables ont été utilisées pour masquer la réalité budgétaire.
Alors que Sonko et le gouvernement actuel doivent maintenant faire face à cet héritage budgétaire lourd, ces révélations posent une question centrale : la gestion des finances publiques sera-t-elle réellement assainie, ou ces pratiques controversées continueront-elles sous d’autres formes ?
L’avenir dira si le gouvernement en place réussira à corriger ces irrégularités et instaurer une véritable transparence financière, ou s’il finira par être confronté aux mêmes critiques que ses prédécesseurs.